Un élevage laitier en agriculture biologique et en agroécologie – GAEC du Soleil

Le GAEC du Soleil est une ferme de vaches laitière en moyenne montagne en France. Elle est conduite en biodynamie depuis 2016 et dans une démarche agroécologique.

Cette ferme de 50 ha et 35 vaches laitières pour 2 UTH repose sur une alimentation à base d’herbe ou de fourrages secs durant la période hivernale. Des pratiques de gestion agroécologiques sont mises en place pour permettre le bien-être de l’éleveur, de ses animaux et de ses prairies.

Présentation de l’exploitation agricole                                  

Le GAEC du Soleil est une ferme laitière de 50ha située en moyenne montagne (1 020 m d’altitude- Massif Central) avec 35 vaches laitières de race Holstein et Normande. La production moyenne actuelle est de 6200 L de lait /an (30 g/kg de taux protéique et 36,5 g/kg de taux butyreux) pour 870 kg d’aliments concentrés par an. Le lait produit est à destination de la SICA de Rochefort pour une fabrication de fromages à pâte persillée. Il n’y a donc pas de vente directe ou de contact avec le consommateur. C’est un système basé sur l’herbe en été et sur les fourrages en hiver (fourrages secs de type foin et regain).

Le GAEC du soleil est en agriculture biologique et s’inscrit plus particulièrement dans une démarche agroécologique, c’est-à-dire que la ferme cherche à utiliser les processus écologiques pour optimiser son fonctionnement.

En plus de cela, le GAEC du Soleil est très impliqué dans une association d’éleveur “Eleveurs Autrement”, dont M. Gourdon est le président. Cette association regroupe des agriculteurs qui souhaitent mettre en place un fonctionnement agroécologique sur leur ferme. Ils travaillent dans ce cadre sur la mise en place de pratiques de gestion innovantes.

La finalité est de faire vivre un couple sur un système viable vivable répondant aux enjeux de demain (nourrir les hommes, gestion carbone, antibio-résistance, climat et nitrates).

Stratégie de développement                                                    

Après une formation agricole (BTS ASCE), le chef d’exploitation a travaillé pendant plusieurs années dans une banque. Il a repris la ferme de sa belle-famille en 1995 seul, avec comme support 10 vaches allaitantes, 20 vaches Laitières avec 33ha et un quota de 80 000l de lait. En 2000, le système évolue vers une spécialisation en vaches laitières avec la possibilité de réaliser 120 000 L puis 150 000 L de lait sur 40 ha.

En 2009, la crise du lait fait chuter les rémunérations des agriculteurs. Le système est alors remis en question: arrêt ou changement radical du mode de production. Le choix est fait de modifier totalement les pratiques pour se diriger vers un système alternatif et biologique. Dans ce cadre, le chef d’exploitation effectue 250 à 300 h de formations/ an. Aujourd’hui encore, environ 15 à 20 jours de formation par an sont réalisés.

Une transition radicale est alors effectuée avec un objectif de formation à la bio avant une conversion. L’installation de panneaux solaires sur le bâtiment agricole en 2007 permettra notamment de gérer les aléas économiques et le changement de système de production.

En 2012 la possibilité d’agrandissement de la ferme entraine une reconfiguration économique: la ferme passe à 35 vaches laitières avec une possibilité de 249 000 L de lait sur 50ha (race Holstein et Normande, 6200 L lait/an TP=31g/kg, TB=36g/kg). La femme de Bruno vient travailler sur la ferme pour créer le GAEC du Soleil. Son épouse conservera une autre activité à temps partiel à hauteur des heures permises (535h/an).

En 2016, la ferme passe en bio. Les temps de conversions ont été raccourcies du fait de la transition progressive depuis 2009 (1 an de conversion pour les terres et 6 mois pour les vaches). Le lait est alors vendu en bio à la SICA de Laqueuille qui fabrique des fromages à pâte persillée.

Le changement de système de M. Gourdon a nécessité une formation à des méthodes alternatives. Cela a favorisé les échanges avec d’autres agriculteurs également intéressés par ces questions. M. Gourdon a d’ailleurs été à l’origine de la création de l’association « Eleveurs Autrement » en 2016 dont il est le président. Cette association regroupe des éleveurs qui souhaitent travailler autrement, dans un meilleur respect de leur travail, de leurs animaux et de leurs prairies.

M. Gourdon est également au conseil d’administration de la SICA à laquelle il livre du lait. Il est pompier volontaire et a eu un rôle dans la gestion de la commune (conseiller municipal).

Concernant l’environnement social proche, les relations avec les voisins agriculteurs peuvent être compliquées en raison d’un choix de système alternatif parfois considéré comme « à contre sens ». il existe cependant un peu d’entraide avec quelques voisins.

Modèle économique             

L’exploitation agricole du Soleil est un groupement agricole d’exploitation en commun entre deux époux, associés sur la ferme.

L’excédent brut d’exploitation est de 54 000 € pour 2 personnes. Les annuités et frais financiers représentent 11 000 € et l’autofinancement 4 à 5 000 €, ce qui laisse un revenu agricole pour les associés de 38 500€ par an soit environ 1 600 € par UTH (le SMIC français est à 1521 €). Les aides de la PAC contribuent à hauteur de 63 % au revenu de l’agriculteur.

M. Gourdon travaille à hauteur de 35 h par semaine. La diminution de l’utilisation des technologies et le choix d’un système foin-regain lui ont permis de diminuer la charge de travail pour arriver à son temps de travail actuel. En effet passer d’un système ensilage où il y a une forte dépendance à l’entraide et un temps de travail important à un système plus économe en temps et en hommes est une étape clé du système. A cela il faut ajouter un choix sur les outils de travail (ex: vallet de ferme multiperformant) et un aménagement stratégique du bâtiment.

Pratiques innovantes            

  • Reboutage des animaux: cette pratique qui consiste à enlever les tensions des animaux et replacer des éléments du corps déplacés constitue la pratique innovante principale. Elle permet de « sentir avec ses mains » sans être dépendant d’un extérieur. Avant cela relevait du vétérinaire. L’impact sur le comportement de l’animal est important et cela se ressent ensuite sur le fonctionnement du système
  • Utilisation de pratiques d’alimentation reposant sur l’implication de l’homme et de l’animal. En effet en fin d’été l’agriculteur planifie l’alimentation qui sera distribuée en hiver en tenant compte des stocks disponibles. La planification de l’hiver s’effectue en 3 étapes:
    1. L’identification du stock présent en fin d’été pour la saison d’hiver (prévision des fourrages en quantité et qualité);
    2. L’identification de la quantité de fourrages à distribuer aux animaux durant la période d’hiver;
    3. L’adaptation en fonction des animaux. Sur les deux premières étapes, c’est l’agriculteur qui calcule sa ration hivernale. A partir de cette étape c’est l’animal qui ajuste la ration à l’aide du diagnostic d’alimentation reposant sur l’outil Obsalim. Cette étape demande une connaissance du diagnostic d’alimentation. Elle fait également appel à un échange avec l’animal (communication)
  • Communication animale: il s’agit ici d’échanger avec l’animal pour favoriser son bien- être et derrière un meilleur fonctionnement du système. Cette pratique de gestion est d’ailleurs mise en place dans l’étape précédente.
  • Homéopathie selon Halmann: les soins aux animaux sont effectués via cette approche.
  • Géobiologie: l’aménagement des bâtiments et les ajustements du fonctionnement du système s’appuient sur cette pratique de gestion qui consiste à considérer les ondes, champs magnétiques et courants d’eaux souterraines dans l’agencement du bâti.

Ces pratiques de gestion innovantes reposent toutes sur une OBSERVATION DE SIGNES. La mise en pratique est la clé. La mise en place de ces pratiques de gestion doit se faire de manière progressive.

Ces pratiques de gestion sont proposées par l’association « Eleveur Autrement » sous forme de formations. Une pratique de gestion est choisie par l’association à partir du moment où:

  • Elle est facile à mettre en œuvre
  • Elle est facile à apprendre
  • Elle montre des résultats
  • Elle est économiquement justifiée
  • Elle montre une logique dans une approche systémique de la ferme ou tout est lié.

Cependant il faut veiller à être bien accompagné dans la formation et mise en place de ces pratiques de gestion. Attention à ne pas choisir une pratique de gestion qui semble alternative mais qui nécessite une dépendance forte à un extérieur ou qui a un coût très élevé et qui de ce fait pénalise le fonctionnement de la ferme (ex: huiles essentielles). Veillez donc à bien anticiper les contraintes techniques sur la ferme et le coût engendrés par la mise ne place d’une pratique de gestion.

Enfin il faut favoriser les échanges au sein de groupes d’éleveurs.

Futur                                          

La ferme est actuellement en rythme de croisière mais il y a un objectif d’améliorer l’existant, de poursuivre les expérimentations et de faire de nouvelles découvertes dans la continuité des pratiques et approches mises en place.

Astuces pour les apprenants                          

Pour construire une entreprise prospère, il est important d’être ouvert aux innovations et aux nouvelles pratiques

La communication et l’échange avec d’autres agriculteurs potentiels sont indispensables pour découvrir de nouvelles pratiques de gestion et aider à leur mise en pratique.

Une formation pratique en agriculture est également recommandée. Une formation théorique universitaire peut également être utile à certains égards, mais la formation pratique est obligatoire car elle contribue de manière significative à l’acquisition d’expérience et à la capacité à anticiper les problèmes lors de la création de sa propre entreprise.

Auteurs: Adeline Vedrine, Audrey Michaud